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lux
Petite histoire de mon cheminement à la maîtrise en éducation
Martin Cormier
Quand
j’ai commencé la maîtrise en éducation à l’automne
1994, je ne savais vraiment pas ce qui m’attendait.
J’avais décidé de travailler sur les classes
multiprogrammes, mais les choses ne se sont pas
passées exactement comme je l’avais imaginé.
Quand
je me suis inscrit à la maîtrise en éducation,
je prévoyais travailler sur les classes multiprogrammes
parce que j’avais enseigné dans de telles classes
pendant plusieurs années. À la première session,
on nous a demandé d’écrire sur nos motivations,
sur ce qui nous motivait à travailler sur le
sujet choisi. Nous devions écrire un texte qui
parlait de nos expériences de travail, de nos
expériences scolaires et de nos expériences de
vie. J’ai donc entrepris la rédaction de mon
texte en essayant de trouver, dans mes différentes
expériences, ce qui me motivait à entreprendre
une maîtrise en éducation.
J’ai
parlé de mon parcours scolaire, de mes études
en éducation puis de mes études en arts plastiques.
Il faut dire que j’ai longtemps hésité entre
l’enseignement et les arts plastiques. À la fin
de mon secondaire, je voulais étudier en arts
plastiques, mais mes parents n’étaient pas vraiment
d’accord. J’ai donc opté pour l’éducation. J’ai
toujours beaucoup aimé les arts plastiques, je
faisais du dessin, de la peinture et de la photographie.
En choisissant d’étudier en éducation, je me
disais que je pourrais toujours continuer à toucher
aux arts plastiques pendant mes loisirs. Après
quelques années en éducation, les arts plastiques
me manquaient, je ne réussissais pas à combler
mon besoin de créer dans mes temps libres. J’ai
donc décidé, après avoir terminé mon baccalauréat
en éducation, d’entreprendre des études en arts
plastiques.
J’ai
complété mes études en arts plastiques, mais
le destin a voulu que je me retrouve à enseigner
au primaire. J’ai enseigné quelques années à Montréal
et je me suis ensuite retrouvé à Schefferville,
un petit village éloigné dans le nord du Québec.
C’est après avoir passé un peu plus de quatre
années à Schefferville que j’ai décidé de poursuivre
mes études et d’entreprendre une maîtrise en éducation.
Dans
la première version du texte que j’ai produit à l’automne
1994, je parlais beaucoup de mon cheminement
en arts plastiques, mais je parlais très peu
de mon expérience d’enseignement dans les classes
multiprogrammes. La première version du texte était
lue et commentée par deux professeurs. On me
disait que mon texte parlait très peu de mes
motivations à travailler sur les classes multiprogrammes.
J’ai donc produit une deuxième version dans laquelle
j’ai essayé de mettre en évidence mes motivations à travailler
sur ce sujet. Cette deuxième version n’était
pas très convaincante. Je parlais davantage de
mes expériences de travail dans les classes multiprogrammes,
mais ça sonnait faux. Par contre, mes expériences
en arts plastiques prenaient beaucoup de place
dans ce texte et tout ça m’avait amené à réfléchir
sur l’importance de la création dans ma vie.
J’ai
donc changé de sujet de recherche et j’ai décidé de
me questionner sur l’importance de la création
dans ma vie.
Étrangement,
le fait d’écrire sur mes expériences de vie,
et particulièrement sur la place de la création
dans ma vie, m’avait fait prendre conscience
de mon besoin refoulé de créer. Je parlais, dans
mon texte, des circonstances qui avaient fait
que j’avais abandonné la création. Il faut dire
que j’étais revenu à l’enseignement un peu par
hasard et que ça tombait bien. Après la fin de
mes études en arts plastiques, une amie qui enseignait
dans une école privée m’avait contacté pour me
demander si j’étais intéressé par un poste dans
son école. J’étais alors dans une phase de questionnement
par rapport au milieu de l’art. Je commençais à me
demander si j’étais vraiment à ma place. J’étais
déçu par ce milieu, je ne m’y sentais pas du
tout à l’aise, mais je ne savais pas vraiment
pourquoi.
En écrivant
sur mes expériences à l’automne 1994, je sens
le besoin de revenir à ma création et de me questionner
sur les circonstances qui ont fait que j’ai abandonné la
création. Je sens un très grand besoin de reprendre
ma production artistique. Je décide donc de reprendre
cette production et de réfléchir sur mon retour à la
création. La session d’automne se termine. J’ai
changé de sujet de recherche et je suis très
content.
Je
suis très occupé, je continue à suivre mes cours à l’université et
j’enseigne à temps partiel dans une école secondaire.
J’essaie de prendre le peu de temps qu’il me
reste pour dessiner. J’ai décroché un contrat
de remplacement dans une école secondaire, j’enseigne
les arts plastiques. J’ai ressorti mes crayons
de couleur et mon papier à dessin, mais je ne
sais pas trop par où commencer. Ça fait presque
dix ans que je n’ai pas dessiné. Je m’intéresse
aussi aux possibilités qu’offre l’ordinateur.
Ça
se passe assez bien, je produis suffisamment
de dessins pour présenter un dossier au musée
régional. Mon dossier est accepté. Je suis très
content des résultats, mais je réalise que je
ne m’occupe pas beaucoup de la recherche en éducation.
C’est alors que mon directeur de recherche me
propose d’écrire sur ma démarche de création.
Il me propose de tenir un journal dans lequel
je pourrai noter mes réflexions sur mon travail
de création.
J’ai
eu un autre contrat pour enseigner les arts plastiques
au secondaire à l’automne 1995, j’ai exposé au
musée régional à l’été 1996.
Je
me retrouve sans contrat à l’automne 1996. J’ai
donc tout mon temps pour dessiner, pour réfléchir
et pour écrire.
Mes
journées se divisent en trois parties: le matin
je me lève et je vais faire une marche sur le
bord du fleuve. À mon retour à la maison, j’écris.
J’écris mes réflexions sur mon travail de dessin.
Mes périodes d’écriture sont parfois brèves, ça
dépend des jours. Il m’arrive d’écrire plusieurs
pages, mais il y a des jours où je me sens moins
inspiré et où je n’écris que quelques paragraphes.
Après ma période d’écriture quotidienne, je me
mets au dessin. Je dessine habituellement tout
l’après-midi. J’utilise beaucoup l’ordinateur.
Je fais beaucoup de photographie et j’utilise
de plus en plus l’ordinateur dans ma nouvelle
production. Je réserve mes soirées pour la lecture.
Je lis des ouvrages traitant de la création.
Ces lectures alimentent les réflexions qui se
retrouvent dans les textes que j’écris le matin.
Mon
travail de dessin avance bien, je suis même surpris
des résultats. Les derniers dessins que je fais
sont nettement supérieurs à tout ce que j’ai
fait auparavant. Je suis content, mais en même
temps, il y a quelque chose qui m’inquiète.
Tout
ce travail d’écriture et de réflexion soulève
des questions que je ne m’attendais pas de voir
revenir. Mes derniers dessins m’apportent des
questions sur mon orientation sexuelle. C’est
mon jardin secret, je n’ai jamais parlé de ça à personne,
même pas à mes amis proches. J’ai un peu peur
de ce qui est en train de se produire. Je ne
comprends pas vraiment ce qui se passe, ça me
fait peur. Mes dessins me font peur, mais ce
sont surtout les réflexions soulevées par mon
travail d’écriture qui me font peur.
Je
me suis trouvé du travail. Je n’ai plus beaucoup
de temps à consacrer au dessin, à la lecture
et à l’écriture. C’est bien comme ça. Je suis
d’ailleurs convaincu que mon projet de recherche
n’est plus vraiment nécessaire. Au départ, je
m’interrogeais sur mon besoin de créer. Je me
suis remis au dessin et les résultats sont là.
Peut-être que je m’en faisais pour rien. J’avais
arrêté de dessiner pendant plusieurs années et
j’avais peur de ne plus pouvoir revenir à ma
production. Je réalisais alors que
j’étais encore capable de dessiner et d’avoir
une production satisfaisante. Pourquoi me poser
des questions là-dessus ? J’ai même pensé abandonner
la maîtrise en éducation, je ne trouvais plus ça
pertinent. Mon nouveau travail me demandait beaucoup
de temps. J’avais décroché un contrat pour une
compagnie locale de communications Internet.
Je m’occupais d’un site Internet éducatif pour
les adolescents. J’aimais bien ce travail.
Les
mois ont passé et j’ai complètement abandonné le
dessin et mon projet de recherche en éducation,
mais au printemps 1998 tout a basculé.
Tout commence au début du mois de mai, plus précisément
le jour de ma fête. C’est ce jour-là que je tombe
en amour. Je crois que je suis tombé en amour
comme jamais je n’étais tombé en amour auparavant.
Je tombe amoureux d’un jeune homme que je ne
connais pas vraiment. Ce n’est pas la première
fois que ça m’arrive, mais de tomber amoureux
d’un inconnu, je crois bien que c’est la première
fois.
Ce
n’est pas un parfait inconnu, c’est quelqu’un
que je vois à l’occasion au travail, mais à qui
je n'ai jamais vraiment parlé. Je l’avais bien
remarqué, mais, étant convaincu qu’il était hétéro,
je n’éprouvais aucun sentiment pour lui. Je le
trouvais beau et de mon goût, c’est tout.
Les
choses changent radicalement le jour de mon anniversaire. À vrai
dire, les choses commencent à changer la veille
de mon anniversaire. Il pouvait se passer des
semaines sans qu’on ne le voie au bureau, comme
il pouvait y avoir des périodes où on le voyait
plusieurs fois dans la même semaine. C’était
une de ces semaines où il avait passé beaucoup
de temps au bureau. La veille de mon anniversaire,
je le croise en quittant le travail, on se salue
pour la première fois. Le lendemain matin, en
arrivant au travail, il est là, il est même assis à mon
poste de travail. Il travaille cette semaine-là avec
la personne qui occupe le poste de travail juste à côté du
mien. Quand j'arrive ce matin-là, tout le monde
me souhaite bon anniversaire. Me voyant arriver,
il se lève, se tire une chaise et continue à travailler
avec mon voisin, juste à côté. Il part et revient
vers la fin de l’après-midi. Au moment de quitter,
il s'arrête devant mon bureau et semble un peu
mal à l’aise, comme s’il cherchait quelque chose à dire
sans vraiment trouver. Un peu hésitant, il commence
par me saluer pour ensuite me souhaiter bonne
fête. Je le remercie, il continue son chemin
et c’est là que tout commence à chavirer. Je
ne sais pas vraiment comment interpréter ce qui
vient de se passer, mais je suis presque convaincu
que les femmes ne l'intéressent pas et qu’en
plus, il s’intéresse peut-être à moi. Comment
en être certain, comment savoir si c’est vraiment
le cas ? Je ne le reverrai peut-être pas
avant des semaines.
Je
suis tombé en amour et je suis amoureux comme
jamais je ne l'ai été auparavant. Je n'ai jamais
accepté mon orientation sexuelle et je n'en ai
d'ailleurs jamais parlé à personne, même pas à des
amis proches. Je m'étais toujours dit que tant
qu'il ne se passerait rien, il valait mieux ne
pas en parler. Mais cette fois, mes sentiments
sont tellement forts et bouleversants que je
suis incapable de garder ça pour moi. Je commence
par en parler à quelques amis qui ont bien hâte
de voir la suite de mon histoire.
Je
dois donc trouver un moyen d’entrer en contact
avec lui et d’en savoir plus. Je laisse quelques
jours passer et je décide de lui envoyer un petit
courrier électronique, je sais très bien où trouver
son adresse. J'hésite, j'attends encore. Environ
une semaine après cette fameuse rencontre, je
prends mon courage à deux mains et lui envoie
un message. Je me dis que s’il cherche à entrer
en contact avec moi, il aura alors une façon
de le faire. Je peux dire que chaque fois que
le signal de ma boîte à courrier m’annonce que
j’ai un nouveau message, mon cœur se met à battre
plus vite.
Je
ne reçois pas de réponse à ce message. Je ne
sais pas trop quoi penser. A-t-il reçu mon message ?
S’il l’a reçu, qu’en a-t-il pensé ? Je souhaite
qu’il revienne au plus vite au bureau pour le
rencontrer et pour voir comment il réagira en
me voyant.
Ça
ne prendra pas trop de temps. Il revient au bureau
la semaine suivante. On se croise, on se salue,
sans plus. Cette même journée, une personne qui
travaille sur un dossier avec lui me demande
certaines informations. Je ne les ai pas sous
la main, je dois donc faire une petite recherche.
J’ai maintenant un bon prétexte pour entrer en
communication avec lui par courrier électronique.
Je lui envoie donc un autre message et j’en profite
pour lui proposer d’aller prendre un café ou
une bière. Je ne reçois pas de réponse.
Je
commence à me poser des questions. Peut-être
que je me suis trompé et qu’il n’est pas homosexuel.
Peut-être qu’il a quelqu’un dans sa vie. Je ne
connais pratiquement rien de lui. Je commence
ma petite enquête, mais c’est très difficile
de trouver des gens qui peuvent me renseigner.
Par contre, tous ceux à qui j’en parle me disent
qu’ils sont convaincus qu’il est homosexuel,
mais ils n’en savent pas plus. Je finis par trouver
une personne qui va pouvoir m’en apprendre un
peu plus. Cette personne est aussi convaincue
qu’il est homosexuel. Elle m’apprendra un peu
plus tard qu’il a quelqu’un dans sa vie depuis
près d’un an et que c’est une femme.
Je
ne suis pas vraiment plus avancé. Je suis toujours
convaincu qu’il est homosexuel et qu’il s’intéresse
peut-être à moi. Plus le temps avance, plus mes
sentiments pour lui me tenaillent. Je dors assez
bien, mais je n’ai plus d’appétit. Je me couche
assez tôt, je suis incapable de faire autre chose
que de penser à lui. Je suis incapable de lire,
de regarder la télé ou même d’écouter de la musique.
Je pense à lui, rien d’autre ne m’intéresse.
Et
si je n’avais pas été assez clair ? Ça fait
déjà un mois que ça dure et la situation devient
invivable. J’ai perdu beaucoup de poids. Je décide
de mettre les choses au clair. Je décide de lui
envoyer un autre courrier électronique et d’expliquer
ce que je vis. Je serai très clair et demanderai
une réponse. Je ne reçois pas de réponse à ce
message-là non plus.
Je
ne comprends plus rien, les amis à qui j’en parle
n’y comprennent rien non plus. Ils me disent
que je dois l’oublier et que de continuer à espérer
risque de me détruire. J’attends encore un peu.
Au
début de l’été, je lui envoie un autre courrier électronique
que j’intitule Le début de la fin. Je donne, dans ce message, d’autres détails sur la situation que je vis
depuis quelques semaines et j’explique qu’il
sera plus sain pour moi d’essayer de l’oublier,
d’essayer de passer à autre chose.
Il
ne s’est jamais rien passé avec ce correspondant,
mais toute cette histoire m’a permis d’ouvrir
une porte que je ne pensais jamais ouvrir. Je
pense alors aux dessins que j’ai faits à l’automne
1996, à ces dessins qui me faisaient un peu peur.
Je commence à me poser de nouvelles questions,
je me demande si je n’ai pas des leçons à tirer
de ce qui m’arrive. Mon contrat avec la compagnie
de communications Internet se termine bientôt
et je décide de poursuivre ma recherche en éducation
en tenant compte des nouveaux développements.
J’ai
encore des réponses à trouver sur ma pratique
artistique. Je décide donc de me remettre au
dessin. J’entreprends une période intense de
dessin qui durera plusieurs mois. Je me remets
aussi à écrire,
j’essaie de noter des moments importants de mon
travail de dessin. Après quelques mois de travail
intense, des réponses commencent à prendre place,
je recommence à lire sur la création et sur l’autoformation.
J’observe attentivement les dessins que j’ai
faits depuis les derniers mois et c’est dans
ces dessins que je trouve un début de réponse à mes
questions.
J’ai repris mon travail de dessin où je l’avais
laissé à l’automne 1996. Ces dessins étaient
très sombres et même un peu inquiétants. Les
dessins que je fais au printemps 1999 se transforment
et deviennent plus lumineux. C’est alors que
je commence à comprendre ce qui s’est passé:
je suis passé, en quelques années, d’une période
sombre à une période plus claire. Les questions
que je me posais il y a quelques années ne se
posent plus. Une chose devient de plus en plus
claire. Au début de ma recherche, j'émettais
l'hypothèse que mes blocages en dessin venaient
d'une difficulté à m'adapter au milieu de l'art.
Je réalise aujourd'hui que ce n'était peut-être
pas ce qui me dérangeait le plus. Mon incapacité à m'affirmer
moi-même m'empêchait certainement plus que toute
autre chose de faire ma place dans le milieu
de l'art. Je n'ai pas nécessairement réglé toutes
mes difficultés au sujet de cette adaptation
au milieu de l'art, mais je me considère maintenant
beaucoup mieux préparé à répondre à mes interrogations à ce
sujet.
Mon blocage venait de l'intérieur, mais ça ne veut
pas dire que le monde extérieur n'y contribuait
pas aussi en partie. L'écriture m'a permis de
réfléchir et de clarifier plusieurs aspects de
ma pratique du dessin. L'écriture a souvent servi à faire
renaître des réflexions assouvies, mais le travail
de dessin a finalement pris une très grande place
dans ce processus. La dernière série de dessins
montre d'ailleurs clairement la transition à partir
d'un monde sombre et obscur jusqu'à des espaces
clairs et ouverts. C'est, en fait, toute la recherche
depuis ses tous débuts qui y est illustrée.
Je
me demande aujourd'hui si c'est vraiment l'écriture
qui a déclenché ce désir de revenir au dessin.
L'art et la pédagogie ne feraient-ils pas appel
au même besoin de créer ? Ne serait-ce pas
parce que je ne retournais pas à l'enseignement à l'automne
1994 que ce besoin de créer par le dessin est
devenu si obsédant ?
J'ai
toujours vu l'art et la pédagogie comme deux
univers distants et étrangers. J'ai toujours
eu l'impression de voyager de l'un à l'autre,
mais après avoir franchi une première étape dans
ce processus d'autoformation, je suis de plus
en plus convaincu que ces deux univers se chevauchent.
Mon
travail de création en dessin est porteur d'un
enseignement sur moi-même qui me permet de grandir.
Comme artiste, j'ai besoin que mon œuvre me fasse
avancer sur le plan de l'être. Pour moi, être
artiste implique que l'œuvre soit en lien direct
avec la croissance de l'être.
Avancer en dessin et en sérénité dans
un même mouvement...